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Le cerveau humain

 

Le cerveau est la partie la plus volumineuse de l'encéphale.


Dans la région ventrale du cerveau, juste au-dessous des ventricules latéraux, sont situées des masses grises, les corps striés, unies par une commissure blanche.

Un peu en arrière des corps striés sont insérées deux masses volumineuses : Les couches optiques (ou thalamus), unies par une commissure grise. 

Les deux couches optiques sont séparées par le troisième ventricule que traverse la commissure grise.
Le troisième ventricule communique avec les ventricules latéraux par les trous de Monro, et avec le quatrième ventricule par l'aqueduc de Sylvius. 
La base du 3e ventricule constitue l'hypothalamus, véritable « cerveau » de la vie végétative, auquel est reliée une glande endocrine dépendante de lui et aux fonctions multiples : L'hypophyse.

Le cervelet est une masse grise, finement plissée, comprenant un lobe médian étroit le vermis, et deux hémisphères cérébelleux.

Contrairement aux quatre lobes externes du cerveau, les lobes limbiques, aussi appelés circonvolutions cingulaires, ne sont visibles que lorsqu'on fait une coupe sagittale du cerveau. Aux 4 lobes externes, s'ajoute le lobe interne, impliqué dans la gestion des émotions et dans la mémoire.

le cerveau s'est constitué au cours de l'évolution en 3 couches successives

 

Schéma séquentiel du développement de l’encéphale humain au cours de l'ontogénèse :

 

(d'après Bear modifié)

On peut voir sur ce schéma, comment le cerveeau se construit, par couches successives. Cette vision évolutive s'avère être d'autant plus intéressante qu' il s'est constitué de la même manière au cours du l'évolution de l'espèce humaine (phylogénèse).

 

Courbures cephaliques

Légende courbures cephaliques

 

Le cerveau humain s'est constitué sous forme de trois différentes couches probablement constituée peu à peu au cours de l'évolution. La couche la plus ancienne, appelée tronc cérébral, est un ensemble de cellules en forme de bulbequi constitue comme un prolongement de la moelle épinière. Cette couche est appelée le cerveau reptilien car elle ressemble au cerveau de nombreux reptiles. Son but est avant tout de régulariser les fonctions de base, involontaires telles que la respiration, le métabolisme,... Elle contrôle aussi les réponsess instinctives de type "attaque ou fuite": sans recevoir d'instruction consciente, elle libère l'adrénaline et provoque ainsi une accélération cardiaque,...

Une seconde couche du cerveau est nommée le cerveau limbique qui entoure le tronc cérébral. Ce cerveau limbique est en quelque sorte notre "cerveau émotionnel". Il permet de percevoir une gamme d'émotions et de comportements plus riches que ceux du type "attaque ou fuite". Les mamifères et les oiseaux peuvent ainsi mieux s'adapter aux changements de leur environnement.

Cette seconde couche contient deux structures essentielles qui sont l'hippocampe (qui permet de créer de nouveaux souvenirs d'événements vécus en leur donnant un contexte spatial, intellectuel et verbal) et l'amygdale (capacité de ressentir des émotions et decréer des souvenirs émotionnels).

Enfin, la troisième couche est le néocortex. C'est le cerveau de la raison. Il nous permet de penser et d'imaginer. Cette structure très complexe est volumineuse et  l'une des conséquences majeures du manque d'espace dans la boite cranienne, est l'apparition fréquente des gyrus, ou circonvolutions, à la surface des hémisphères cérébraux.

 

 

Pour plus d'information :          vidéo sur l'anatomie du cerveau et le cerveau et ses automatismes

ou encore :         cerveau gauche et cerveau droit et les talents insoupçonnés de l'hémisphère droit

 

L'anxiété: le mal du siècle ?

Dans une ère qui tend aux performances, l'anxiété touche près de 1 français sur 5. Par honte, de nombreux anxieux tendent à dissimuler leur souffrance et à vivre son état comme une défaillance personnelle (à tord!), pourtant des méthodes existent et permettent de mieux gérer se peurs, voir même d'en tirer profit. La méditation pleine conscience mise au point par le Pr Jon Kabat-Zinn au prestigieux Massachussets Institute of Technology.

Depuis les années 1970, de nombreuses études ont permis de mieux comprendre la genèse et le maintien de l'anxiété. Les circuits"normaux de la peur sont en fait détournés et d'infimes dysfonctionnements sont à l'origine de symptômes souvent très spectaculaires.

Comme pour la peur, ces messages nerveux, traités par l'hypothalamus, stimulent en réponse la production de cortico stéroïdes (l'hormone du stress). D'où une réponse neurovégétative avec des symptômes tels des tremblements, une tachycardie, des sueurs,...

A l'état naturel, une fois la menace éloignée, le corps se régule alors en produisant des hormones qui inhibent les cortico stéroïdes : les GABA et sérotonine. Or, chez les anxieux, ces hormones ne parviennent pas à apaiser l'activité neuronale.

Les anxieux sont souvent des personnes très bien intégrées socialement et professionnellement et ne laissent rien transparaître de leur mal être intime, pourtant extrême.

Contrairement à la dépression, l'anxiété n'empêche pas l'adaptation sociale. Dans les entreprises d'ailleurs, les managers adorent les collaborateurs anxieux car perfectionnistes et soucieux du détail, ils vont souvent au delà de ce qui leur ait demandé...

Ces troubles n'affectent au fond que la qualité de vie de celui qui les subit. Les inquiets sous contrôle connaissent en effet dans la sphère privée des explosions de colère et/ou de désespoir. Ils consultent souvent pour des maladies psychosomatiques.

La pression sociétale insidieuse que nous subissons tous (puisque chacun est responsable de ses réussites donc de ses échecs), pèse plus particulièrement sur nos enfants et se traduit notamment par une montée spectaculaire des chiffres de la phobie scolaire. Ce trouble touche en effet entre 1% et 5% des élèves.

Enfin, selon le Dr Christophe André, psychiatre à Paris, il existe six profils d'anxieux :

- L'inquiet perpétuel : Sa vie quotidienne est un enfer, tant la moindre contrariété le plonge dans une angoisse sans fin. Ce qui, pour la plupart des gens est inconfortable, se révèle insupportable chez l'inquiet. Au travail, il se montre souvent performant du fait de sa capacité d'anticipation au prix parfois d'un épuisement personnel). Mais dans la vie familiale, c'est plus compliqué. Sous le coup d'une dérégulation émotionnelle globale, l'inquiet est souvent irritable ou abattu.

- Le perfectionniste : Il est la victime des choix constants imposés par la vie. Il se soumet à la tyrannie de la perfection.

- L'hypocondriaque : Il a la certitude d'être malade. Il est convaincu que son médecin, lui, ne voit rien. Il a réellement le sentiment que sa vie est en danger.

- L'inadapté social : Il est timide, paralysé par l'idée de ce que les autres vont penser de lui. Tout changement, même minime, l'inquiète. Sa mauvaise estime de soi l'empêche d'évoluer professionnellement, même s'il en est capable.

- Le somatiseur : Il a souvent les mains moites, le coeur qui s'accélère, des aigreurs d'estomac,...Il tente de détourner ses soucis psychiques de la sphère corporelle, mais les deux coexistent malheureusement souvent.

- L'angoissé de la vie : Il est envahi par l'anxiété existentielle, autrement dit la peur de la mort. Ces anxieux sont souvent hyperactifs. La thérapie par la méditation pleine conscience est particulièrement recommandée pour ce type d'anxieux.

 

 

Psy

Qu'est-ce que la notion de résilience ?

 

Interview de Boris Cyrulnik.

Boris Cyrulnik est psychiatre depuis 34 ans ; il a abandonné son cabinet de consultations depuis plusieures années, il est aujourd'hui chercheur et enseignant à l'université de Toulon. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont : " Les vilains petits canards ", aux éditions Odile Jacob. BorisCyrulnik est convaincu qu'un enfant blessé n'est pas condamné à rater sa vie. Il a développé la notion de résilience, cette capacité de l'enfant maltraité à pousser droit en dépit de l'adversité et à refuser le statut de victime. Boris Cyrulnik a lui-même vécu une enfance tourmentée. : " si je suis psychiatre, c'est évidemment à cause de mon enfance. Il faut avoir un compte à régler pour faire ce métier".

 

Quelle est la définition de la résilience ?

A la base, ce terme est utilisé en métallurgie, c'est la capacité interne d'un métal à retrouver sa forme initiale après avoir reçu un choc. En psychologie, on utilise cette image : c'est la capacité de reprendre un développement malgré l'adversité. Les enfants qui ont connu la violence,l'abandon, l'orphelinat, la misère ou encore la guerre seront des enfants blessés et des adultes blessés tout au long de leur vie. Mais ces enfants ne sont ni foutus, ni sans valeurs. Tout le processus de développement peut se remettre en marche, il n'y a pas de fatalité au malheur.

 

 Comment doit s'établir ce processus ?

Il est clair qu'après un traumatisme, rien ne pourra revenir comme avant. Mais ce qui sûr c'est que tout enfant blessé peut tricoter des liens de résilience. Je m'explique : ces enfants blessés sont contraints à la réussite s'ils veulent s'en sortir. Ils doivent d'abord puiser dans les ressources internes qui constituent leur personnalité, car dans les 3 premiers mois de leur vie, les bébés ont reçu des informations de tendresse, de chaleur humaine, d'amour ou d'attention qui resterontgravées en eux toute leur vie. L'enfant blessé saura instinctivement qu'il connaît des sentiments positifs et agréables qui l'aideront à sortir la tête de l'eau. Ensuite, et c'est capital, ils auront recours aux ressources externes, il s'agit en fait de toutes les mains tendues : un éducateur, un médecin, un ami, un parent. Ces personnes-là sont essentielles, car elles sont celles qui vont prouver à l'enfant meurtri que quelqu'un reconnaît enfin qu'il vaut quelque chose. De plus, un tiers des enfants meurtris n'ont aucune ressource interne, ils n'ont reçu aucun amour étant bébé, donc ils sont bien obligés de chercher de l'amour chez autrui. Pour eux,c'est plus dur, mais beaucoup parviennent à s'en sortir. Et bien souvent, le psychothérapeute est la 
première personne à qui on préfère révéler un secret lié à une blessure avant d'en parler aux autres.

 

Quelles sont les caractéristiques des enfants résilients ?

Ils utilisent des mécanismes de défense. Le recours au rêve, d'abord. Quand le présent est intolérable, l'imagination d'un autre futur fournit des trésors qui aident à le supporter. Ces enfants-là refusent de faire une carrière de victime, ils s'évadent de façon à laisser la partie saine de leur personnalité agir. Ces enfants ont souvent de grandes capacités intellectuelles. L'intellectualisation est un moyen de se défendre contre la souffrance endurée. Ils deviennent philosophes à l'âge où d'autres jouent à la poupée. Et très vite, les enfants résilients deviennent de grands créatifs, et transforment leur blessure en œuvre d'art pour mettre une distance entre eux et leur traumatisme : ils sont souvent écrivains, comédiens. 

Certains se tournent vers les autres, et veulent s'engager socialement (œuvres humanitaires, éducateurs de rue…), ou s'orientent vers de longues études (souvent en psychologie) : ce qu'ils veulent avant tout, c'est devenir l'auteur de leur destin. Ce sont des décideurs parce qu'ils n'ont rien décidé de leur enfance.

 

Pensez-vous qu'un enfant qui a subit un traumatisme le répétera plus tard sur ses propres enfants ?

Je m'insurge contre cette idée-là. C'est totalement criminel de dire ça, et notre société l'a toujours dit : on a toujours voulu enfermer les enfants maltraités dans ce schéma là. Pour ces enfants, la blessure est en eux, mais la réparation est forcément culturelle, c'est grâce 
aux autres qu'ils s'en sortiront ; et si la société est convaincue que cet enfant est foutu à cause de sa blessure, il ne s'en sortira jamais. 
Un jour, un patient est venu me voir me disant : " C'est affreux, je suis amoureux de ma compagne, enfant j'ai été battu, et aujourd'hui, elle veut qu'on ait un enfant, c'est sûr je le battrai plus tard, je suis un monstre, un porte-malheur ". Une semaine plus tard, ce jeune homme a fait une tentative de suicide. Ce slogan social est un crime. Il n'y a aucune fatalité au malheur.

 

Quels sont les signes concrets qui montrent qu'un enfant a été blessé ?

A mes yeux, il n'y a pas de signes particuliers relatifs aux blessures d'enfance, ou bien on pourrait dire qu'il y en a plein. On voit toutes les sortes de phobies : peur du noir, peur de la relation aux autres… Ces enfants entrent dans des colères insensées, et presque toujours ils font des dépressions. Ils peuvent devenir boulimiques, anorexiques. En fait, on observe chez ces enfants tous les signes de n'importe quelle souffrance mentale et physique. 

 

Y-a-t'il un âge où l'on ne peut plus renaître de ses blessures ?

Bien sûr que non ! Il y a une autre phrase criminelle : " tout se joue avant l'âge de 3 ans ", sous entendu qu'après nous sommes des êtres construits. C'est faux ! Il est certain que lorsque l'on a été blessé, étant tout petit, c'est vécu beaucoup plus violemment qu'à l'âge adulte, mais c'est beaucoup plus facile de se reconstruire, car plus on réagit tôt à cette blessure, plus vite on devient résilient. Mais on peut, à tout âge, revivre ; j'ai l'habitude de dire que rien ne se joue avant 3 ans et que surtout, tout se joue avant 120 ans ! La résilience se tricote toute sa vie.

 

Quelles sont les conséquences pour un enfant blessé dans sa vie d'adulte ?

Pour ces enfants blessés, à l'âge adulte, la principale conséquence, c'est qu'ils perdent confiance en eux. Ils éprouvent une grande difficulté à s'attacher à quelqu'un. Ils ont peur d'aimer et il leur paraît incroyable d'être aimé. Et c'est logique, étant enfant, ils ont culpabilisé, vu qu'enfant on a beaucoup de mal à distinguer ce dont on est responsable, parce que l'enfant n'est pas encore individualisé. Par exemple, une de mes jeunes patientes m'a dit un jour qu'elle était persuadée d'être responsable de la mort de sa mère, décédée des suites d'un cancer. Bien souvent, ces adultes sont prisonniers du passé ; ils sont obsédés par les images de la blessure, et pratiquent le déni, c'est à dire : " j'ai été battu, mais ce qui m'est arrivé, ce n'est pas si grave ". C'est faux, bien sûr, ça leur permet de pas se placer en 
victime, mais ça ne suffit pas à dépasser le problème. Enfin, ces adultes sont victimes du regard social qui génère le sentiment de honte, du genre : " tu as été violée, tu es souillée et du coup tu vaux moins que les autres ", cette souffrance interne de honte, ce sont les autres qui la provoquent.

 

Qu'est-ce qui fait qu'un être se reconstruit et qu'un autre pas ?

Dans une fratrie qui aurait subi les mêmes sévices, le petit frère vivra un traumatisme, que le grand ne vivra pas, car, encore une fois tout dépend de l'environnement de l'un et l'autre ; chaque histoire est unique, le grand frère aura, peut-être, eu quelqu'un à qui parler, se confier et qui aura pu le rassurer sur ce qu'il vaut, alors que le petit, trop meurtri sera resté dans le silence. En fait, il y a des traumatismes qui affecteront certains et d'autres non. Freud, déjà, parlait de l'inégalité face au traumatisme, et tout peut être blessure.

 

"Les vilains petits canards", B. Cyrulnik :

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, psychanalyste et éthologue (celui qui étudie les comportements humains), a écrit " Un Merveilleux Malheur ", et montrait qu'il était possible de " transformer le désespoir en hymne à la joie ". Avec " Les Vilains Petits Canards ", il poursuit sa réflexion. Il décrit en profondeur les processus qui permettent de se remettre en selle après un traumatisme. 

Pour Boris Cyrulnik, qu'il soit abandonné, martyrisé, victime de génocide, handicapé ou simplement englué dans l'histoire de ses parents, l'enfant n'est pas réductible à l'état de victime. Comme tout humain, il est infiniment adaptable et social, il tisse dès ses premiers jours et tout aulong de sa vie des relations affectives qui l'aideront à supporter puis surmonter des difficultés inhumaines. " Faire naître un enfant n'est pas suffisant, il faut le mettre au monde… Le mettre au monde implique que les adultes disposent autour de l'enfant les circuits sensoriels et sensés qui lui serviront de tuteurs de développement et lui permettront de tricoter sa résilience ".


Dans cet essai, Boris Cyrulnik analyse deux périodes pendant lesquelles se mettent en place les processus de résilience : d'une part, la période qui précède l'acquisition du langage où l'enfant se façonne, se " tricote " avec la propre histoire de ses parents. D'autre part, la période qui suit l'acquisition du langage, où l'enfant acquiert la possibilité de se représenter son passé et son avenir et donc de donner un sens à sa vie et ainsi d'agir en la métamorphosant. Et c'est ainsi que les vilains petits canards se transforment en cygnes : " Quand l'enfant blessé parvient à devenir celui qui donne, alors il éprouve un doux sentiment de bonheur. Il n'est plus la petite victime, le 
petit fautif. En un simple geste, il devient l'enfant fort, celui qui aide ". 
" Les Vilains Petits Canards " est un livre optimiste qui tend à prouver que, pourvu que des mécanismes de défense se mettent en place et que des mains se tendent, aucune blessure n'est irréversible. 

 

 

L'intelligence émotionnelle

Depuis plusieures années, ce concept connait un succès grandissant. Son intérêt s'est révélé en 1995 notamment au travers du succès du best seller du journaliste scientifique Daniel Goleman avec "Emotional intelligence".

L'idée selon lauqelle le QI (qui mesure l'intelligence analytique), est le facteur principal de réussite sociale, professionnelle et sentimentale, fut alors remise en cause. L'intelligence émotionnelle est alors apparue comme un recours face à la fatalité d'un QI inné.

L'intelligence émotionnelle (QE) a attiré de nombreuses critiques, mais elle représente toutes les qualités qui ne peuvent être mesurées par un test de QI : motivation, confiance, optimisme,...

Nous la définirons comme un ensemble spécifique de capacitées, liées à la reconnaissance et à la gestion des émotions.

Pour les stoïciens, les émotions étaient trop ardentes et imprévisibles pour être utiles à la pensée rationnelle. Cependant, de récentes études (A Damasio et al. Université Souhern California) ont démontré qu'émotion et raison sont inséparables.: en l'absence d'émotion, les décisions prises peuvent ne pas être bonnes et inversement, ceux qui se laissent guider par leurs émotions, prennent sans le savoir des décisions efficaces.

Ce sont Peter Salovey et John Mayer, qui ont officiellement introduit le terme d'intelligence émotionnelle en 1990, en la définissant comme la capacité à surveiller ses propres sentiments et ceux des autres, à les discriminer et à utiliser cette information pour guider sa reflexion et ses actions.

Nous pouvons donc comprendre l'intelligence émotionnelle comme un modèle qui compte 4 domaines de compétence liés:

- La capacité à percevoir les émotions

- La capacité à utiliser les émotions pour faciliter le raisonnement

- La capacité à comprendre le langage des émotions

- La capacité à gérer les émotions, aussi bien les siennes que celles des autres.

Ces capacités varient d'un individu à l'autre et ont d'importantes conséquences sociales. Seth Pollak a ainsi montré que la maltraitance peut perturber la capacité des enfants à percevoir les expressions faciales.

D'autres chercheurs ont aussi démontré que certaines humeurs (joie), peuvent favoriser la réalisation de certaines tâches (la création). Ou encore que la capacité à distinguer précisemment ses émotions aide à les gérer plus efficacement (Lisa Barrett, Boston).

L'intelligence émotionnelle permet ainsi détablir et de maintenir de bonnes relations avec ses pairs ; de mieux gérer ses relations amoureuses.

Bien que la recherche ait avancé, plusieures pistes restent à explorer : Pourquoi certains sont ils plus enclins à tirer perti de leur intelligence émotionnelle ? Pourquoi certains manient ils mieux leurs émotions que d'autres ? Comment se manifestent les différences individuelles dans les processus émotionnels ? ...

Intelligence émotionnelle et neurosciences

Faites confiance à vos émotions, disent les neurosciences

Dans certains cas, non, ne pensez pas avec votre tête. Si ce n’était pas si niais, on dirait, «pensez avec votre coeur». A défaut: avec vos émotions. C’est ce que suggèrent les résultats d’études récentes, révélant que les décisions prises grâce aux émotions et non de manière rationnelle, sont souvent des décisions plus pertinentes.

La dernière étude qui en atteste, rapporte Wired, est celle réalisée par Michael Pham, de l’université de Columbia. En demandant à des étudiants de premier cycle de faire des prédictions sur différents sujets (des résultats de concours télévisés, sportifs, de primaires politiques, même de météo!), le chercheur s’est aperçu que de manière systématique, les prédictions étaient plus pertinentes lorsqu’elles avaient été faites en fonction des sentiments, des émotions. Il a appellé ce phénomène «l’effet d’oracle émotionnel».

Wired précise:

«Ces dernières années il est devenu évident que le cerveau inconscient est capable de traiter des quantités importantes d’informations en parallèle, permettant ainsi une analyse de données très large sans être dépassé.»

Alors que la raison, elle, a une capacité d’analyse d’informations beaucoup plus restreinte en un seul temps donné.

Pour que les résultats soient probants, il faut que le sujet ait une connaissance minimum du thème sur lequel il fait des prédictions, précise un article du Wall Street Journal sur l’étude. Car si le cerveau inconscient est plus rapide et plus apte à mettre en lien des informations que le cerveau conscient, reste qu’il a besoin de disposer de ces informations.

La rapidité du cerveau inconscient est une question sur laquelle les neurosciences se penchent depuis quelques années, et ses qualités sont une évidence. «Lorsqu'on freine devant un obstacle en voiture, heureusement qu'il ne s'agit pas d'une action consciente. Le temps de prendre la décision consciemment, et on l'aurait heurté!», précisait ainsi Marc Jeannerod, directeur de l'Institut des sciences cognitives, interrogé dans un article du Journal du CNRS.

L’article du CNRS poursuivait:

«Etre conscient, cela prend du temps! Du coup, l'inconscient revêt une importance dans nos comportements que l'on ne soupçonnait pas. Bien plus qu'un simple appui à la conscience, il aurait une part prépondérante dans tous les processus cognitifs: 90 % de nos opérations mentales seraient inconscientes!»

 

Le côté obscur de l’intelligence émotionnelle

Par Jean-Laurent Cassely |

Introduit au début des années 1990, le concept d’intelligence émotionnelle, qui reconnaît l’importance de la détection, de l’expression, de la compréhension et de la gestion des émotions, a été considéré depuis comme la solution à un large éventail de problèmes sociaux, rappelle le professeur de management et de psychologie Adam Grant sur The Atlantic.

L’idée sous-jacente est que si les émotions sont prises en compte à l’école ou au sein de l’entreprise, le monde deviendra plus coopératif et attentif à l’humain… Mais «grâce à des méthodes de recherche plus rigoureuses, poursuit l’auteur, on assiste à une reconnaissance croissante du fait que l’intelligence émotionnelle —comme toute compétence— peut-être utilisée pour le bien ou pour le mal».

Un «usage stratégique de l’intelligence émotionnelle dans les organisations» peut ainsi en faire une arme redoutable au service de comportements mal intentionnés. D’une part, maîtriser ses émotions permet de masquer ses véritables intentions, et savoir reconnaître les émotions des autres peut aider à les manipuler dans un sens contraire à leurs intérêts.

Une étude menée en 2011 par Stéphane Côté de l’université de Toronto, intitulée «Le Jekyll et Hyde de l’intelligence émotionnelle», montre par exemple que les employés les plus machiavéliques dans leurs relations de travail sont aussi ceux qui disposent d’un haut niveau d’intelligence émotionnelle.

Professeur à Cambridge, Jochen Menges écrit dans une étude que «quand un leader faisait un discours inspirant rempli d’émotion, l’audience était moins à même de s’attacher au message et se rappelait moins de son contenu. Ironiquement, les membres de l’audience étaient si émus par le discours qu’ils affirmaient s’en rappeler mieux». C’est ce que le chercheur nomme «l’effet de sidération». Cette capacité d'un leader à suspendre le jugement critique des auditeurs au profit de l'émotion pure était d'ailleurs parfaitement connue d'Adolf Hitler. 

L'objectif d'Adam Grant est de montrer qu'il faut cesser l'association systématique entre intelligence émotionnelle et qualités morales.

Qu’elle soit associée ou non à des valeurs positives, l’intelligence émotionnelle est en tout cas perçue comme une compétence de plus en plus centrale dans la vie professionnelle. Daniel Goleman, à l'origine de l'ouvrage qui a fait connaître l'intelligence émotionnelle au grand public en 1995, a popularisé l'idée selon laquelle elle comptait plus que le quotient intellectuel dans la réussite sociale et professionnelle.

Dans un article récent du Financial Post, Ray Williams affirme que l’intelligence émotionnelle prédit désormais la réussite professionnelle mieux que d’autres facteurs comme les compétences techniques, l’éducation ou l’origine sociale:

«Les compétences émotionnelles, ou la capacité à construire et entretenir des relations positives, sont en train de remplacer les compétences traditionnelles ou cognitives comme manière de prédire le succès potentiel et continu d’une carrière».

Mais là encore l’article de The Atlantic remet en cause cette idée. Pour un certain nombre de métiers qui réclament moins de compétence émotionnelle, la maîtrise de l’intelligence émotionnelle deviendrait un handicap plutôt qu’un atout. Dans ces postes, les employés les plus intelligents émotionnellement sont aussi les moins performants, affirme l’auteur.

«Si votre job consiste à analyser des données ou à réparer des voitures, il peut être assez gênant de lire les expressions faciales, les tonalités de la voix et les langages corporels des gens qui vous entourent. Suggérer que l’intelligence émotionnelle est critique sur le lieu du travail revient peut-être à placer la charrue avant les bœufs».

 

L'ABCD de l'égalité

 La lutte contre les discriminations : focus sur l'égalité filles-garçons dans le système éducatif

 

Aujourd'hui, tous les métiers sont mixtes, nous gagnons tous à ce qu'il y ait des femmes et des hommes dans tous les métiers, avoir un métier dit masculin n'est pas une manière de renoncer à sa féminité !

Un des combats de la politique de réussite éducative est la lutte contre les discriminations : la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, la lutte contre l'homophobie et la promotion de l'égalité filles-garçons. Les discriminations sont un problème sociétal. C'est une lutte sur tous les terrains qu'il faut mener, à l'intérieur de l'École mais aussi à l'extérieur de l'institution.

Elles doivent être combattues dès le plus jeune âge afin de préserver la cohésion sociale et favoriser la réussite de chaque élève et citoyen.

Aujourd'hui, les disparités entre les sexes sont bien réelles. La réussite et l'échec scolaire d'une part, la réussite et l'échec en matière d'insertion professionnelle d'autre part, restent des phénomènes relativement sexués.

L'égalité filles-garçons dans le système éducatif est une priorité. Déconstruire les stéréotypes de la société est un des objectifs de l'institution scolaire et cela à tous les niveaux. La tâche est ardue puisque les représentations sociales s'inscrivent bien au-delà des murs des établissements. En effet, les milieux familial et professionnel peuvent être un facteur de reproduction des inégalités et des stéréotypes. Ainsi, l'École doit être un lieu d'éducation à la mixité où l'égalité filles-garçons doit être effective.
Le ministère de la réussite éducative et cinq autres ministères ont co-signé la convention interministérielle pour l'égalité filles-garçons dans le système éducatif.
Cette convention, qui a pour objectif de guider et de soutenir les actions de déconstruction des représentations sexuées jusqu'en 2018, s'articule autour de trois priorités :

  • acquérir et transmettre une culture de l'égalité entre les sexes
  • renforcer l'éducation au respect mutuel et à l'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes
  • s'engager pour une mixité plus forte des filières de formation et à tous les niveaux d'étude

Parmi les autres actions prévues dans le cadre de cette convention : la formation généralisée des cadres sur l'égalité filles-garçons, la prise en compte de l'égalité par le nouveau conseil supérieur des programmes ou encore l'aboutissement des groupes de travail lancés respectivement sur le programme "Abcd de l'égalité " et sur la mise en œuvre des séances d'éducation à la sexualité.

 

 L’ABCD de l’égalité : une expérimentation en direction des plus jeunes élèves et de leurs enseignants

 

Le programme "ABCD de l’égalité" a un double objectif :

  • aider les enseignants de primaire à prendre conscience de la force des préjugés et stéréotypes sexistes, y compris dans leurs propres attitudes implicites, savoir repérer et analyser des situations scolaires productrices d’inégalités entre les filles et les garçons et en tenir compte dans leurs pratiques pédagogiques
  • sensibiliser les élèves à l’égalité entre filles et garçons et expliquer aux enseignants comment les stéréotypes se construisent chez les enfants, afin de permettre l’orientation et la réussite scolaire de tous les élèves dans les différentes filières

En pratique, l’ABCD de l’égalité consiste en un ensemble d’outils pédagogiques destinés aux enseignants. Il s’agit notamment de :

  • fiches illustrées, rattachées à différentes matières du programme de primaire (littérature pour la jeunesse, histoire des arts, etc.), utilisables dans le cadre d’une séquence d’enseignement
  • grilles d’observation des relations entre les élèves dans la classe et dans la cour de récréation

L’expérimentation, lancée dans dix académies - Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, Toulouse - est menée en deux temps :

  • formation des personnels d’encadrement - inspecteurs de l’éducation nationale et conseillers pédagogiques de circonscription - et des professeurs, de septembre à novembre 2013
  • mise en œuvre dans les 275 écoles élémentaires et maternelles et près de 700 classes participantes, de novembre 2013 à février 2014

 

La communication perverse et la violence dans le couple

d’après Le harcèlement moral et Femmes sous emprise de Marie-France HIRIGOYEN, ed. Pocket

 

LA COMMUNICATION PERVERSE : processus, conséquences et prévention

 

Le mot pervers choque, dérange. Pourtant, nous avons tous été témoins d’attaques perverses à un niveau ou à un autre, que ce soit dans le couple, dans les familles, dans les entreprises , ou bien dans la vie politique et  sociale. C’est ce que l’on nomme plus communément le harcèlement moral.

Il s’agit en fait d’une entreprise de démolition psychique d’un individu par un autre. Il arrive même que l’acharnement se termine par un véritable meurtre psychique.

De petits actes pervers sont si quotidiens qu’ils paraissent la norme. Cela commence par un simple manque de respect, du mensonge ou de la manipulation. Nous ne trouvons cela insupportable que si nous sommes atteints directement. Puis, si le groupe social dans lequel ces conduites apparaissent ne réagit pas, cela se transforme progressivement en conduites perverses avérées qui ont des conséquences graves sur la santé psychologique des victimes. N’étant pas sûres d’être entendues, celles-ci se taisent et souffrent en silence.

La relation de harcèlement se met en place en deux phases : la séduction perverse et la violence manifeste

 

LA SÉDUCTION PERVERSE :

C’est ce que l’on pourrait nommer le « lavage de cerveau ». Cette phase se construit progressivement, pendant les premiers temps de la relation, et peut durer plusieurs années. C’est la phase de préparation au cours de la quelle la victime est déstabilisée et perd progressivement confiance en elle. Il s’agit d’abord de la séduire, puis de l’influencer pour, enfin, la mettre sous emprise, lui retirant en cela toute parcelle de liberté.

Le séducteur n’attaque jamais de front, il opère par surprise, en secret, de façon indirecte afin de capter le désir de l’autre. La séduction perverse se fait en utilisant les instincts protecteurs de l’autre. Cette séduction est narcissique : il s’agit de chercher dans l’autre l’image aimable de soi et de tenter de l’absorber en vidant l’autre de son identité. Car la séduction narcissique rend confus, elle efface les limites de ce qui est soi et de ce qui est autre.

L’influence consiste, sans argumenter, à amener quelqu’un à penser, décider ou se conduire autrement qu’il ne l’aurait fait spontanément. On retire à la victime ses capacités de défense, on lui retire tout sens critique, éliminant toute possibilité de rébellion.

L’emprise se réalise dans une relation de domination. La victime est prise dans une toile d’araignée, tenue à disposition, ligotée psychologiquement, anesthésiée. Et qui plus est, celle-ci n’a pas conscience qu’il y a eu effraction. La domination s’est installée à son insu, par la séduction.

Il y a trois dimensions principales de l’emprise :

- une action d’appropriation par dépossession de l’autre ;

- une action de domination, où l’autre est maintenu dans un état de soumission et de dépendance ;

- une dimension d’empreinte, où l’on veut laisser une marque sur l’autre.

L’emprise comporte une indéniable composante destructrice en neutralisant le désir de l’autre. La victime est chosifiée. Dans la stratégie perverse, il ne faut pas d’abord détruire l’autre, mais le soumettre petit à petit et le garder à disposition.

Les victimes décrivent toutes une difficultés à se concentrer sur une activité lorsque leur persécuteur est à proximité. Celui-ci offre pourtant à l’observateur l’air de la parfaite innocence. Un grand décalage s’installe entre son confort apparent et le malaise et la souffrance des victimes. Ce dont elles se plaignent à ce stade c’est d’être étouffées, de n’avoir pas d’espace de pensée.

Elles obéissent d’abord pour faire plaisir à leur partenaire. Plus tard, elles obéiront parce qu’elles auront peur. Souvent la  soumission est acceptée - au départ - comme un besoin de reconnaissance (surtout pour les enfants), elle paraît préférable à l’abandon. En donnant peu et en demandant beaucoup, le pervers installe un chantage implicite : «  Si je me montre plus docile, il pourra enfin m’apprécier ou m’aimer. » Cette quête est sans fin car l’autre ne peut être comblé. Bien au contraire, cette quête d’amour et de reconnaissance déclenche la haine et le sarcasme du pervers narcissique.

Pendant cette phase, l’agresseur maintient une tension chez l’autre qui équivaut à un état de stress permanent.

Mais l’emprise n’est en général pas apparente pour des observateurs extérieurs. Même devant certaines évidences, ils sont aveuglés.. Le malaise de la victime amène celle-ci à des comportements qui agacent l’entourage qui, peu à peu, la juge négativement. C’est lors de cette phase que se met en place un processus d’isolement.

 

LE PROCESSUS :

Ce processus emprunte un mode particulier de communication, fait d’attitudes paradoxales, de mensonges, de sarcasmes, de dérision et de mépris. C’est l’illusion d’une communication, non pas faite pour relier, mais pour éloigner et empêcher l’échange afin d’utiliser l’autre. Pour qu’il continue à ne rien comprendre au processus en cours et le rendre plus confus, il faut le manipuler verbalement.

Même non verbale, même cachée, étouffée, la violence transpire à travers les non-dits, les sous-entendus, les réticences, et, par là même, elle est vecteur d’angoisse.

 

 1 )     refuser la communication directe :

Il n’y a jamais de communication directe car « on ne discute pas avec les choses ».

Quand une question est posée, les pervers éludent. On entre dans un monde dans lequel il y a peu de communication verbale, juste des remarques à petites touches déstabilisantes.  Rien n’est nommé, tout est sous-entendu. Il suffit d’un haussement d’épaule, d’une moue, d’un soupir. La victime essaie de comprendre : « Qu’est-ce que je lui ai fait ? Qu’est-ce qu’il a à me reprocher ? » Comme rien n’est dit, tout peut être reproché.

S’il s’agissait d’un conflit ouvert, la discussion serait possible et une solution pourrait être trouvée. Mais dans le registre de la communication perverse, il faut surtout empêcher l’autre de penser, de comprendre, de réagir. Se soustraire au dialogue est une façon habile d’aggraver le conflit, tout en l’imputant à l’autre.

 

2 )    déformer le langage :

La voix du pervers est assez caractéristique. Une voix froide, blanche, plate, monocorde. Une voix sans tonalité affective qui laisse affleurer le mépris ou la dérision dans les propos les plus anodins. La tonalité seule implique des sous-entendus, des reproches non exprimés, des menaces voilées. Si les propos tenus ont un sens, la manière de les dire en a un autre, sous-jacent.

Un coup classique est celui de grommeler quelque chose quand l’autre est dans une autre pièce. Cela met l’autre dans l’obligation de se déplacer pour entendre ou bien d’être en position de demandeur en faisant répéter. Il est facile ensuite de faire remarquer qu’il n’écoute pas.

Le message du pervers est délibérément flou et imprécis, entretenant la confusion. En utilisant des allusions, il fait passer des messages sans se compromettre. Il peut dire : « Je n’ai jamais dit ça », et éviter tout reproche.

Offrant des propos sans lien logique, il entretient la coexistence de différents discours contradictoires. Il installe de la causalité là où il n’y a que corrélation, ou pas. Tout est dans la manière, comme dans un tour de passe-passe. Il s’agit bien là d’une manipulation qui consiste à produire un raisonnement structuré qui présente toutes les apparences du véridique et du rationnel, en s’appuyant sur jeu de rhétorique. En utilisant des mots de liaison (et, donc, par conséquent, ainsi, d’autant plus que, etc.) ou des effets de parallélisme (pendant que, après que...) on parvient assez facilement à induire des effets de causalité. A ce titre, la communication politique en est d’ailleurs un parfait exemple.

Le pervers peut aussi ne pas terminer ses phrases, laissant des points de suspension qui ouvrent la voie à toutes les interprétations et à tous les malentendus.

Un autre procédé verbal habituel des pervers est la nominalisation. Cela consiste à utiliser un langage technique, abstrait, dogmatique, pour entraîner l’autre dans des considérations auxquelles il ne comprend rien, et pour lesquelles il n’ose pas demander d’explications de peur de passer pour un imbécile. Le pervers peut le cas échéant emprunter (ou même attribuer) les dires d’un érudit. Et malheur à celui qui ne le connaît pas...!

Autre procédé, la lecture de pensée. Il consiste à nommer les intentions de l’autre ou à deviner - ou attribuer - ses pensées cachées, comme si on savait mieux que lui ce qu’il pense : « Je sais très bien que tu détestes les Untel et que tu cherches un moyen de ne pas les rencontrer ! »

Ce qui importe dans le discours du pervers, c’est la forme plutôt que le fond, l’important est de noyer le poisson. Les victimes disent souvent que les arguments de leurs agresseurs sont tellement incohérents qu’elles devraient en rire, mais tant de mauvaise foi les met en colère. Mais elles ne parviennent pas  (ou plus) à déployer librement cette colère du fait  de la stratégie de désamorçage du pervers et retournent leur colère vers elles-mêmes, aboutissant ainsi à une auto-culpabilisation.

 

 3)      mentir :

Plus souvent qu’un mensonge direct, le pervers utilise d’abord un assemblage de sous-entendus, de non-dits, destinés à créer un malentendu pour ensuite l’exploiter à son avantage. Le trouble induit chez la victime est la conséquence de la confusion permanente entre vérité et mensonge.

dire sans dire, espérant que l’autre aura compris le message sans que les choses aient besoin d’être nommées.

Un autre type de mensonge indirect consiste à répondre de façon imprécise ou à côté, ou par une attaque qui fait diversion. « Pour dire quelque chose comme ça, il faut que ce soit toi qui aies quelque chose à te reprocher... »

Quoi que l’on dise, les pervers trouvent toujours un moyen d’avoir raison, ils ne peuvent pas ne pas avoir raison. Le mensonge correspond à un besoin d’ignorer ce qui va à l’encontre de leur intérêt narcissique, une chose insupportable pour eux, impensable, inenvisageable.

En conséquence, vérité ou mensonge, cela importe peu.

 

 4)      manier le sarcasme, la dérision, le mépris :

La dérision consiste à se moquer de tout et de tout le monde. La permanence de cette attitude fait tomber la méfiance -  c’est une simple façon d’être - mais crée une atmosphère désagréable et place la communication sur un mode qui n’est jamais sincère.

Pour avoir la tête hors de l’eau, le pervers a besoin d’enfoncer l’autre. Pour cela, il procède par petites touches déstabilisantes, de préférence en public, à partir d’une chose anodine parfois intime décrite avec exagération, prenant parfois un allié dans l’assemblée.

Ce qui compte, c’est d’embarrasser l’autre. On perçoit l’hostilité, mais on n’est pas sûr qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie. Le pervers paraît taquiner, en réalité il attaque sur des points faibles : un « gros nez », des seins « plats », une difficulté à s’exprimer...

L’agression se fait à bas bruit, par allusions, par sous-entendus, sans que l’on puisse dire à quel moment elle a commencé et si s’en est vraiment une. Toutes les remarques désagréables constituent des blessures qui ne sont pas compensées par des marques de gentillesse. La peine qui en résulte est déviée par l’agresseur qui la tourne en dérision. Le partenaire victime de cette violence ne réagit pas parce qu’il a tendance à excuser l’autre, mais aussi parce que la violence s’installe de façon insidieuse. Une telle attitude violente survenant brusquement ne pourrait que provoquer la colère, mais sa mise en place progressive désamorce toute action. La victime ne repère l’agressivité du message que lorsqu’il est devenu presque une habitude.

Le discours du pervers narcissique trouve des auditeurs qu’il arrive à séduire et qui sont sensibles à l’humiliation subie par la victime. Il n’est pas rare que l’agresseur demande aux regards alentour de participer, bon gré, mal gré, à son entreprise de démolition.

 

En résumé, pour déstabiliser l’autre, le pervers :

- se moque de ses convictions, de ses choix politiques, de ses goûts,

- ne lui adresse plus la parole,

- le ridiculise, le dénigre en public,

- le priver de toute possibilité de s’expliquer,

- se gausse de ses points faibles,

- faire des allusions  désobligeantes, sans jamais les expliciter,

- remett en doute ses capacités de jugement et de décision.

 

 5)      user du paradoxe :

On nomme ce processus la double-contrainte : quelque chose est dit au niveau verbal et le contraire est exprimé au niveau non verbal. Le discours paradoxal est composé d’un message explicite et d’un sous-entendu, dont l’agresseur nie l’existence. C’est un moyen très efficace pour déstabiliser l’autre.

Quelque chose est dit qui est immédiatement disqualifié, mais la trace reste, sous forme de doute : « Est-ce qu’il a voulu dire cela, ou bien est-ce moi qui interprète tout de travers ? ». Si la victime essaie de nommer ses doutes, elle se fait traiter de paranoïaque qui interprète tout de travers.

Le paradoxe consiste également à faire ressentir à l’autre de la tension et de l’hostilité sans que rien ne soit exprimé à son égard. Ce sont des agressions indirectes où le pervers s’en prend à des objets. Il peut claquer des portes, jeter les objets, et nier ensuite l’agression.

Un discours paradoxal rend l’autre perplexe. N’étant pas sûr de ce qu’il ressent, il a tendance à caricaturer son attitude ou à se justifier. Le plus souvent, les partenaires des pervers, par esprit de conciliation, choisissent d’accepter le sens littéral de tout ce qui est dit, niant les signaux non verbaux contradictoires. A la différence d’un conflit normal, il n’y a pas de vrai combat avec un pervers narcissique, pas non plus de réconciliation possible.La démentalisation dévalorise et disqualifie un individu mais diffuse également à tout l’entourage, qui ne sait plus qui a dit quoi ou qui a fait quoi.  Au-delà de la personne visée, qu’il faut paralyser pour réduire au silence, c’est toute la famille ou l’entourage professionnel ou relationnel qui se trouve dans un état de grande confusion.Ce processus de la double contrainte a été repéré par les membres du groupe de recherche de Palo Alto, dans les années 60. Cette observation a notamment apporté un regard neuf dans l’étude de certaines pathologies d’ordre psychiatrique, particulièrement la schizophrénie. Certains « malades » ne seraient que les symptômes du dérèglement d’un système au sein d’un groupe développant une communication perverse.

 

 6)      disqualifier :

Il s’agit de retirer à quelqu’un toute qualité, de lui dire et de lui répéter qu’il ne vaut rien, jusqu’à l’amener à le penser.

Cela se fait d’abord de façon sous-jacente dans le registre de la communication non verbale : regards méprisants, soupirs excédés, sous-entendus, allusions déstabilisantes ou malveillantes, remarques désobligeantes, critiques indirectes dissimulées dans une plaisanterie, railleries.

Le pervers entraîne l’autre et lui impose sa vision falsifiée de la réalité.

A partir de cette phrase exprimée directement ou sous-entendue : « Tu es nul », la victime intègre cette donnée : « Je suis nul », et devient réellement nulle.

Toutes ces stratégies sont destinées à enfoncer l’autre pour mieux se rehausser.

 

 7)      diviser pour mieux régner :

" Les idées dangereuses sont par leur nature des poisons

Qui d’abord dégoûtent à peine

Mais qui, pour peu qu’elles agissent sur le sang,

Brûlent comme des mines de soufre... "

Iago, Othello de Shakespeare Acte III sc. 3

 

Là où le pervers narcissique excelle, c’est dans l’art de monter les gens les uns contre les autres, de provoquer des rivalités, des jalousies.

La jouissance suprême pour un pervers est de faire accomplir la destruction d’un individu par un autre et d’assister à ce combat d’où les deux sortiront affaiblis, ce qui renforcera sa toute-puissance personnelle.

 

 8)      imposer son pouvoir :

Le discours du pervers est un discours totalisant qui énonce des propositions qui paraissent universellement vraies. Le pervers « sait », il a raison, et essaie d’entraîner l’autre sur son terrain en l’amenant à accepter son discours. Par exemple, au lieu de dire : « Je n’aime pas Untel ! », il dit : « Untel est un con. Tout le monde le sait, et toi, tu ne peux pas ne pas le penser ! ». En cela, les pervers narcissiques attirent des partenaires qui ne sont pas sûrs d’eux, qui tendent à penser que les autres savent mieux. Les pervers sont tout à fait rassurants pour des partenaires plus fragiles. Un processus de domination s’instaure : la victime se soumet, elle est subjuguée, contrôlée, déformée. Si elle se rebelle, on pointera son agressivité et sa malignité. L’autre n’a d’existence que dans la mesure où il se maintient dans la position de double qui lui est assignée.

La relation à l’autre se place dans le registre de la dépendance, dépendance qui est attribuée à la victime, mais que projette le pervers. A chaque fois que le pervers narcissique exprime consciemment des besoins de dépendance, il s’arrange pour qu’on ne puisse pas le satisfaire : soit la demande dépasse les capacités de l’autre et le pervers en profite pour pointer son impuissance, soit la demande est faite à un moment où l’on ne peut y répondre.

La violence perverse est à distinguer de l’abus de pouvoir direct, de la tyrannie, où l’oppression est apparente. Le but est simplement de dominer. Chez un pervers, la domination est sournoise et niée. La soumission de l’autre ne suffit pas, il faut s’approprier sa substance.

 

LA VIOLENCE MANIFESTE :

Résister à l’emprise, c’est s’exposer à la haine. À ce stade, l’autre qui n’existait que comme un objet utile, devient un objet dangereux dont il faut se débarrasser par n’importe quel moyen. La stratégie perverse se dévoile au grand jour. L’entreprise de démolition devient systématique. C’est, en quelque sorte, « la solution finale ».

 

1)      la haine est montrée :

Au moment où la victime donne l’impression de lui échapper, l’agresseur éprouve un sentiment de panique et de fureur ; il se déchaîne.

Lorsque la victime exprime ce qu’elle ressent, il faut la faire taire. C’est une phase de haine à l’état pur, extrêmement violente, faite de coups bas et d’injures, de paroles qui rabaissent, humilient, tournent en dérision tout ce qui appartient en propre à l’autre. Cette armure de sarcasme protège le pervers de ce qu’il craint le plus : la communication.

Dans son souci d’obtenir un échange à tout prix, l’autre s’expose. Plus il s’expose, plus il est attaqué, et plus il souffre. Le spectacle de cette souffrance est insupportable au pervers, qui renforce ses agressions pour faire taire sa victime.

Par un phénomène de projection, la haine de l’agresseur est à la mesure de la haine qu’il imagine que sa victime lui porte. Cette haine, projetée sur l’autre, est pour le pervers narcissique un moyen de se protéger de troubles qui pourraient être plus grands, du registre de la psychose.

C’est aussi un moyen, lorsqu’il s’est engagé dans une nouvelle relation, de se défendre de toute haine inconsciente contre le nouveau partenaire.

Dans ce processus chacun a peur de l’autre : l’agresseur craint la toute-puissance qu’il imagine chez sa victime ; la victime craint la violence psychologique mais aussi physique de son agresseur.

 

2)      la violence est agie :

Il s’agit d’une violence froide, verbale, faite de dénigrements, de sous-entendus hostiles, de marques de condescendance et d’injures.L’effet destructeur vient de la répétition d’agressions apparemment anodines mais continuelles.

C’est une violence invisible en surface, une violence « propre », un cataclysme qui vient faire imploser les familles, les institutions ou les individus.

La violence est rarement physique car le pervers préfère tuer indirectement ou, plus exactement, amener l’autre à se tuer lui-même.

C’est également une violence asymétrique. Celui qui met en acte la violence se définit comme existentiellement supérieur à l’autre. Celui qui inflige la souffrance estime que l’autre la mérite et qu’il n’a pas le droit de se plaindre.

Si la victime réagit et tombe dans le piège de la provocation en haussant le ton, si elle cesse de se comporter en objet docile, c’est elle qui paraît agressive et l’agresseur se pose en victime : la culpabilité interrompt la réaction défensive.

Un processus circulaire se met en place : la vision de la personne haïe provoque chez le pervers une rage froide ; la vision de son persécuteur déclenche chez la victime un processus de peur. Ce processus, une fois enclenché, ne peut s’arrêter seul car le registre pathologique de chacun s’amplifie : le pervers devient de plus en plus humiliant et violent, la victime de plus en plus impuissante et meurtrie.

 

3 )     l’autre est acculé :

Le pervers essaie de pousser sa victime à agir contre lui pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise ». Pousser l’autre à la faute permet de la critiquer ou de la rabaisser, mais surtout cela lui donne une mauvaise image de lui-même et renforce ainsi sa culpabilité.

Lorsque la victime n’a pas assez de contrôle, il suffit d’en rajouter dans la provocation et le mépris pour obtenir une réaction qu’ensuite on pourra lui reprocher. Par exemple, si la réaction est la colère, on fait en sorte que ce comportement agressif soit repéré de tous, au point que même un spectateur extérieur puisse être amené à appeler la police. On voit même des pervers inciter l’autre au suicide : « Ma pauvre fille, tu n’as rien à attendre de la vie, je ne comprends pas que tu n’aies pas encore sauté par la fenêtre ! ». Il est ensuite facile pour l’agresseur de se présenter en victime d’un malade mental. Pour un observateur extérieur, toute action impulsive, surtout si elle est violente, est considérée comme pathologique. Celui qui réagit à la provocation apparaît comme responsable de la crise.

Coupable pour le pervers, il semble être l’agresseur pour les observateurs extérieurs.

La victime est prise dans une double entrave et, quoi qu’elle fasse, elle ne peut en sortir. Si elle réagit, elle est génératrice de conflit. Si elle ne réagit pas, elle laisse se répandre la destruction mortifère.

Afin de trouver une issue à cette situation impossible, la victime peut être tentée de fonctionner elle-même dans le non-dit et la manipulation. La relation devient alors équivoque : qui est l’agresseur, qui est l’agressé ?

Tous les pervers, qu’ils soient sexuels ou narcissiques, cherchent à entraîne l’autre dans leur registre puis à les amener à pervertir les règles. Le pervers n’a pas plus grande satisfaction que lorsqu’il entraîne sa cible à devenir destructrice à son tour, ou qu’il amène plusieurs individus à s’entre-tuer (comme Iago dans Othello).

 

 

LES CONSÉQUENCES DE LA PHASE D’EMPRISE (pour la victime) :

 

1)      le désistement :

Le désistement de la première phase permet de maintenir coûte que coûte la relation, au détriment de la personne même de la victime.. Il y a une sorte d’alliance tacite entre les deux protagonistes. Les victimes des pervers narcissiques, dans un mouvement altruiste illusoire, se résignent ainsi à se soumettre aux abus de l’autre. Tout en se plaignant des attitudes négatives du personnage, elles doivent continuer à en idéaliser d’autres aspects (il est très intelligent, très bon parent...).

 

2)      la confusion :

La confusion engendre le stress. Physiologiquement, le stress est maximum quand on est immobilisé et en proie à une grande incertitude. La difficulté qu’il y a à décrire le phénomène d’emprise est dû au fait qu’il n’est pas aisé de repérer le moment où s’effectue le basculement vers la violence.Même si elles ont parfois un sentiment d’injustice, la confusion des victimes est telle qu’elles n’ont aucun moyen de réagir.

Les victimes disent souvent que ce qui fait naître l’angoisse, ce ne sont pas tant les agressions franches que les situations où elles ne sont pas sûres de pas être en partie responsables.

 

3 )     le doute :

Peu à peu, l’emprise installe chez la victime un sens de faute, une culpabilité pourtant injustifiée mais véritablement intégrée, intériorisée. On tend à prêter à l’agresseur des sentiments (culpabilité, tristesse, remords) dont il est complètement dépourvu. Dans l’impossibilité de comprendre, la victime se retrouve sidérée, déniant la réalité de ce qu’elle n’est pas en mesure de voir. Elle doute, elle s’aveugle. « Cela n’a pas pu se passer, cela n’existe pas ! ». Elle cherche des raisons à ce qui lui arrive : « Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on me traite comme ça ! Il doit bien y avoir une raison ? » Elle cherche une explication logique alors que le processus est autonome, il n’a rien à voir avec elle.

 

4 )     le stress :

Accepter cette soumission ne se fait qu’au prix d’une tension intérieure importante, permettant de ne pas mécontenter l’autre, de le calmer quand il est énervé, de s’efforcer de ne pas réagir. Face à une situation stressante, l’organisme réagit en se mettant en état d’alerte, avec production de substances hormonales, dépression du système immunitaire et modification des neurotransmetteurs cérébraux. La persistance de taux élevés d’hormones d’adaptation entraîne des troubles qui sont susceptibles de s’installer d’une façon chronique.

Les premiers signes du stress sont, suivant la susceptibilité de l’individu, des palpitations, des sensations d’oppression, d’essoufflement, de fatigue, des troubles du sommeil, de la nervosité, de l’irritabilité, des maux de tête, des troubles digestifs, des douleurs abdominales, ainsi que des manifestations psychiques comme l’anxiété.

Après une longue série d’échecs, les victimes se découragent et anticipent sur un nouvel échec. ce qui aggrave en elles le stress et la vanité des tentatives de défense. Cet état de stress chronique peut se traduire par l’émergence d’un trouble anxieux généralisé, avec un état d’appréhension et d’anticipation permanents, des ruminations anxieuses qu’il est difficile de maîtriser, un état de tension permanente et d’hypervigilance.

 

5 )     la peur :

À un certain stade, la victime est sur le qui-vive en permanence, guettant le regard de l’autre ou une raideur des gestes, un ton glacial, pouvant masquer une agressivité non exprimée. Elles ont peur de ne pas être conformes à ce qu’il attend. Elles cherchent, en anticipant, à éviter les remarques blessantes, les sarcasmes, bref, la violence psychique... Pour y échapper, elles on tendance à être de plus en plus gentilles, de plus en plus conciliantes. Elles ont l’illusion que cette haine pourrait se dissoudre dans l’amour et la bienveillance. Mal leur en prend, car plus on est généreux avec un pervers, plus on le déstabilise. En s’efforçant d’être bienveillant, on ne fait que lui montrer à quel point on est supérieur, ce qui, bien entendu réactive sa violence.

Quand la haine survient en retour chez l’agressé, les pervers se réjouissent. Cela les justifie : « Ce n’est pas moi qui le/la hait, c’est lui/elle qui me hait ».

 

6)      l’isolement :

Pour affronter tout cela, les victimes se sentent seules.

Comment parler à l’extérieur ? La destruction souterraine est indicible. Comment décrire un regard chargé de haine, une violence qui n’apparaît que dans des sous-entendus ou des non-dits ?

Les victimes doutent de leurs propres perceptions, ne sont pas sûres de ne pas exagérer. Quand les agressions se produisent devant témoins, il arrive que les victimes, toujours protectrices de leur agresseur, jugent leurs réactions excessives et se trouvent dans la situation paradoxale de défendre celui qui les agresse afin de ne pas mettre de l’huile sur le feu.

 

7)      la honte :

Quand elles prennent conscience de la manipulation, les victimes se sentent flouées, comme quelqu’un qui vient de subir une escroquerie. On retrouve toujours le même sentiment d’avoir été trompé, abusé, de ne pas avoir été respecté. Elles découvrent un peu tard qu’elles sont victimes, qu’on s’est joué d’elles. Elles perdent l’estime d’elles-mêmes et leur dignité. Elles ont honte des réactions que cette manipulation a provoquées en elles : « J’aurais dû agir plus tôt ! » « Pourquoi n’ai-je rien vu ? »

La honte vient de la prise de conscience de leur complaisance pathologique qui a permis la violence de l’autre.

 

CONCLUSION :

Une personne victime ayant subit un tel traumatisme  a besoin de temps pour se reconstruire.Pour cela, elle doit reconnaître que quelqu’un qu’elle aime (ou a aimé) dans son couple (ce qui rend la séparation plus difficile encore, mais tout aussi nécessaire), présente un trouble de la personnalité dangereux pour elle, et qu’elle doit s’en protéger. Elle doit comprendre « comment elle en est arrivée là » (et non pourquoi), c'est-à-dire les mécanismes relationnels qui l'ont piégée. La victime n'a ici pas de faille particulière, ni de trouble qui la rende fragile. C'est la relation qui est pathologique.

La multiplication actuelle des actes de perversité dans les familles et dans les entreprises est un indicateur de l’individualisme qui domine dans notre société et qui en constitue un terreau fertile.

 

 

 

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Qu'est-ce que l'ethnopsychiatrie ? 

C'est une discipline clinique qui se donne pour objet l'analyse de tous les systèmes thérapeutiques, envisagés comme systèmes d'objets ; tous les systèmes sans exclusive ni hierarchie, qu'ils se revendiquent "savants", ou qu'ils se présentent comme spécifique à un collectif, à une communauté - ethnique, religieuse ou sociale. L'ethnopsychiatrie se propose de les décrire, d'en extraire la rationalité propre et surtout de mettre en valeur leur caractère nécessaire. Cette discipline revendique une scientificité spécifique du fait que, envisageant les systèmes thérapeutiques comme la propriété de groupes - selon la formule énoncée plus haut : les groupes fabriquent les objets qui fabriquent à leur tour les personnes - elle cherche à démontrer ses hypothèses en inventant des méthodes permettant aux représentants de ces groupes de se prononcer sur  leur validité.

C'est aussi une discipline qui se poropose d'éprouver les concepts de la psychiatrie, de la psychanalyse et de la psychologie, aux risques des théories des groupes dont elle étudie les dispositifs thérapeutiques. Elle créé des situations, imagine des dispositifs, invente des méthodes destinées à mettre ces théories à l'épreuve des réalités culturelles et clinique qu'elle observe.

C'est enfin une pratique clinique qui considère que la démarche et les résultats liés à ces objectifs concernent avant tout les patients. C'est une pratique qui construit consciemment des espaces interdisant aux thérapeutes la pratique de l'injure adressée aux patients, à leur famille ou à leurs groupes - c'est-à-dire qui ne se contente pas de confier le respect de cette règle à la valeur morale du thérapeute, mais s'engage activement à construire un dispositif qui l'interdit concrètement.

Pour en savoir plushttp://www.dailymotion.com/video/x2076d_l-ethnopsychiatrie-partie-1-3_tech#.UTlt8aK9tI4

 

Usagers de thérapies et producteurs de maladies. Brèves remarques historico-spéculatives sur l’état présent du champ "psy":

 Intervention de Mikkel Borch-Jacobsen au centre Georges Devereux, Paris.

 

Première évidence :  les associations de patients représentent l’irruption du politique, sous sa forme démocratique, dans le champ médical.  Jusqu’ici, dans nos sociétés du moins, le malade était seul face à son mal et aux divers experts – médecins, apothicaires, thérapeutes -- qui l’aidaient à le combattre.  Ce n’est plus le cas aujourd’hui.  Sous l’influence conjuguée du consumérisme, du self-help movement anglo-saxon, des formes d’auto-organisation militante des années 1960-70 et du networking rendu possible par Internet, de plus en plus de patients s’organisent en collectifs pour défendre leurs intérêts, revendiquer leurs droits, faire pression sur les politiques, militer pour tel traitement ou contre tel médicament.  De patients isolés et passifs, les malades (ou leurs proches, dans le cas de maladies trop invalidantes) sont devenus des acteurs sociaux à part entière, qui interviennent dans l’espace public et participent en tant que citoyens aux débats et controverses qui les concernent. 

 

Seconde évidence :  cet activisme les met inévitablement en tension (ce qui ne veut pas forcément dire en conflit) avec les professionnels de la santé et les diverses institutions ou organisations professionnelles qui garantissent leur expertise.  Si les malades s’organisent en collectifs, c’est bien parce qu’ils ne se satisfont pas, à un titre ou à un autre, du savoir des spécialistes et entendent faire valoir leur propre savoir, leur propre expertise de la maladie.  On s’accorde généralement pour faire commencer l’histoire des associations de patients en 1935, avec la naissance aux Etats-Unis des Alcooliques Anonymes (Alcoholics Anonymous).  Or les Alcooliques Anonymes, avant de fournir le modèle d’innombrables “groupes de soutien” et “twelve steps programs”, se sont d’abord caractérisés par leur refus de l’approche individualisante et culpabilisante qui leur était appliquée par les professionnels de la santé:  “Nous, alcooliques, en savons plus, collectivement, sur l’expérience de l’alcool et sur les moyens d’en sortir que les psychiatres, psychologues et autres alcoologues.  Partageons donc ce savoir entre nous afin de multiplier nos chances de quitter la bouteille.”  En ce sens, la caractéristique première des collectifs de patients n’est pas tant l’assistance mutuelle que se portent leurs membres que la revendication d’une expertise de la maladie différente de celle des experts et pourtant tout aussi essentielle, sinon plus, que celle-ci.  Une chose est la connaissance objective, savante, de la maladie, autre chose l’expérience quotidienne, en première personne, des problèmes qu’elle pose aux patients et à leur entourage.  Si les patients s’organisent en collectifs, c’est pour faire reconnaître la légitimité de ce savoir et avoir leur mot à dire dans la gestion de leur mal, en se posant en interlocuteurs à part entière des médecins, de l’industrie pharmaceutique et des politiques.

 

Cette tension entre l’expertise des patients et celle des experts se module très différemment selon les maladies en cause et elle peut aller, comme l’ont montré Michel Callon et Volona Rabeharisoa, du partenariat à l’opposition (1)[1].  Certains groupes de patients, comme les Alcooliques Anonymes par exemple, rejettent purement et simplement l’aide des professionnels au profit d’une autogestion de leur différence, clairement affirmée et revendiquée.  A la limite, cette revendication identitaire peut aller jusqu’à la remise en cause de leur statut de malades, comme lorsque les associations gays et leurs alliés au sein de l’ American Psychiatric Association ont réussi en 1974 à rayer l’homosexualité de la nomenclature du DSM-III alors en préparation, en dépit de l’opposition des psychiatres d’orientation psychanalytique (2)[2].  D’autres groupes, par contre, collaborent étroitement avec les spécialistes, que ce soit en sponsorisant la recherche sur leur maladie, comme l’Association française contre les myopathies (AFM) (3)[3], ou bien en s’engageant directement, à titre d’“experts-profanes” (lay-experts), dans les controverses entre experts au sujet des protocoles d’essais cliniques, comme cela a été le cas avec les activistes du SIDA aux Etats-Unis (4)[4].  Dans leur très intéressante étude sur les listes de discussion électroniques entre patients, Madeleine Akrich et Cécile Méadel racontent comment les animateurs d’une liste de parkinsonniens ont élaboré, sur la base de données fournies par les membres du groupe, un logiciel d’aide à la médication permettant de suivre l’évolution de la maladie et d’adapter le dosage des médicaments aux variations individuelles de l’état du malade – superbe exemple d’expertise “fine” des patients complétant celle, plus générale, du neurologue (5)[5].

 

En tout état de cause, et quelle que soit la stratégie adoptée par l’un ou l’autre groupe, l’irruption des collectifs de patients sur la scène médicale a profondément bouleversé celle-ci, en remettant en cause la non-symétrie qui existait jusque-là entre médecins et patients, spécialistes et profanes.  Devant la mobilisation d’usagers hyper-informés qui communiquent en temps réel par voie d’Internet, il devient de plus en plus difficile aux experts d’imposer un traitement ou un essai clinique au nom de la Science avec un grand ‘S’ ou de refuser de tenir compte des objections des patients au prétexte qu’il s’agirait de “résistances” irrationnelles.  Cette attitude paternaliste, dont on a vu des exemples caricaturaux l’année dernière lors de la polémique autour du “Livre noir de la psychanalyse”, ne passe plus, ou passe de plus en plus mal dans une société où les usagers de thérapies ont conquis le droit à la parole et au savoir. 

 

Pour utiliser une expression anglo-saxonne difficilement traduisible en français, le regroupement des patients en collectifs a été pour eux une source d’empowerment:  elle leur a donné le pouvoir d’agir par eux-mêmes sur leur propre condition, là où ils étaient auparavant impuissants et dépendants d’ experts et de bureaucrates qui “savaient mieux”.  La forme la plus visible de cet empowerment est bien sûr le lobbying politique de certaines grandes associations, notamment américaines, qui rivalisent souvent avec succès avec celui des laboratoires pharmaceutiques et des organisations professionnelles de médecins.  Mais il y a aussi un aspect thérapeutique à cet empowerment – du moins est-ce l’une des thèses les plus ardemment défendues par le self-help movement:  être actif vis-à-vis de sa propre maladie au lieu de la subir passivement est en soi thérapeutique.  Dans une étude fameuse publiée en 1989, le psychiatre David Spiegel avait cru pouvoir établir que les femmes souffrant d’un cancer du sein avancé qui participaient à un groupe de soutien vivaient en moyenne 18 mois de plus que celles qui n’y participaient pas (6)[6].  Ce chiffre a été contredit depuis par une autre étude contrôlée (7)[7] qui n’a trouvé aucune différence entre les deux échantillons de malades, mais l’idée n’en survit pas moins:  prendre une part active à son propre traitement en en discutant avec d’autres permet de mieux affronter la maladie.  Le groupe, autrement dit, est thérapeutique.

 

Enfin, et de façon plus générale, cet empowerment des malades s’inscrit dans la revendication d’autonomie et de responsabilité individuelle qui caractérise nos sociétés libérales avancées.  Même la maladie et la façon de l’affronter sont maintenant une affaire de choix responsable, de gestion de soi et de calcul des risques en vue d’une optimisation des résultats.  De bénéficiaire de soins, le malade devient un usager de thérapie, un consommateur éclairé qui s’informe sur ses options, réclame la transparence de la part des professionnels et des autorités, demande à comparer les résultats pour pouvoir décider librement et en toute connaissance de cause.  Les collectifs d’usagers de thérapie jouent à cet égard un rôle analogue à celui des organisations de défense des consommateurs, qui au demeurant mènent souvent des enquêtes de satisfaction sur les médicaments ou les thérapies (je pense notamment à l’enquête sur les psychothérapies publiée en 1995 par Consumer Reports, la grande revue américaine de défense des consommateurs (8)[8]).  Les experts proposent, les usagers disposent.

 

Reste que la marge de liberté et de discussion des usagers dépend des maladies autour desquelles se regroupent les divers collectifs.  Certains traitements sont à l’évidence moins discutables, disputables, que d’autres.  Dans leur article sur les listes de discussion électroniques de patients, Madeleine Akrich et Cécile Méadel soulignent que les participants à la liste sur le cancer qu’elles ont étudiée ne remettaient à aucun moment en cause les protocoles de traitement chimiothérapique qui leur étaient proposés par les oncologues, aussi pénibles fussent-ils, et réagissaient même avec agacement à toute suggestion de traitement alternatif (9)[9].  Ceci ne veut pas dire que la liberté de discussion s’arrêterait ici devant les hard facts de la science, mais simplement que dans ce cas comme dans d’autres, il y a consensus entre experts et patients autour du traitement, qui s’impose comme le seul possible en l’état.  A l’inverse, les médicaments antipsychotiques utilisés en psychiatrie ont toujours fait débat et controverse , du fait de leurs effets secondaires extrêmement invalidants.  Aux Etats-Unis, la très puissante National Alliance for the Mentally Ill, qui regroupe plus de cent mille membres, milite pour que la maladie mentale soit reconnue comme une maladie biologique comme une autre et soutient à ce titre les traitements psychopharmacologiques, combinés à de la psychothérapie de soutien.  D’autres collectifs de patients, qui se qualifient parfois de “survivants psychiatriques” (psychiatric survivors), rejettent au contraire avec véhémence le modèle biomédical et l’usage des psychotropes, qu’ils assimilent à une toxicomanie forcée (10)[10].  Si l’on se tourne vers le champ ‘psy’ au sens large, l’absence de consensus est encore plus marquée, chaque groupe d’usagers prenant parti pour telle forme de thérapie contre telle autre.  On l’a bien vu lors de la récente “guerre des psys” en France, durant laquelle les associations de patients soutenant les thérapies cognitivo-comportementales se sont violemment heurtées aux usagers de thérapie analytique réunis dans ces associations de patients d’un genre un peu particulier que sont les sociétés et écoles de psychanalyse.  Au demeurant, le fait même qu’on ait pu parler de “guerre” à ce propos montre assez qu’on est ici dans le domaine de la politique sous sa forme la plus crue, quels qu’aient pu être les appels des uns et des autres à la Science-du-Psychisme ou à la Vérité-du-Sujet.

 

Certaines associations, comme on sait, ont réclamé du Ministère de la Santé qu’il fasse procéder à une évaluation comparative rigoureuse des diverses formes de psychothérapie, afin que la science tranche enfin dans le dissensus. Décision fort malencontreuse, car cela revenait de fait à déléguer aux experts la charge d’évaluer les traitements, alors que cette évaluation, en fin de compte, est toujours celle des patients, même dans les essais cliniques les plus “contrôlés”.  Ce sont eux, en effet, qui décident en dernière instance si tel traitement leur convient en y répondant de façon positive ou négative.  De ce point de vue, les collectifs d’usagers jouent par eux-mêmes un rôle important d’évaluation, bien plus décisif et pertinent que celui des experts ès essais cliniques, avec leur vision étroite de l’efficacité d’un traitement (11)[11]. Comme le montre l’attitude des patients atteints de cancer vis-à-vis des chimiothérapies, un traitement va “tenir” d’autant mieux qu’il suscite un consensus informé parmi les usagers et fait taire, serait-ce momentanément, les débats et les controverses.  Inversement, quand le consensus ne se fait pas, comme cela arrive si souvent dans le champ ‘psy’, c’est manifestement que le traitement ne convient pas à tout le monde et que sa généralisation fait problème.  Et quand il y a rejet massif du traitement par les usagers, comme dans le cas des thérapies d’inspiration analytique imposées jusqu’à il y a peu aux toxicomanes français, l’affaire est alors entendue:  c’est que les experts ont tort.  Comme le suggère fort justement Tobie Nathan (12)[12], ce sont les usagers et leurs proches qui sont finalement les véritables évaluateurs, les vrais “testeurs” de thérapies.  Il n’y a pas meilleur “groupe de contrôle”, car ils sont le mieux à même de juger de la valeur de tel ou tel traitement pour eux.  Autre façon de dire que les résultats de la science, aussi bardés de preuves et de statistiques soient-ils, n’ont de sens que s’ils sont acceptés par la communauté.

 

On objectera, bien sûr, que donner le dernier mot aux collectifs d’usagers équivaudrait à livrer la médecine à la “mob psychology” et aux charlatans, en jetant par-dessus bord l’ardu travail de la preuve auquel s’astreignent les spécialistes dans leurs laboratoires et unités de recherche.  On ne peut pas, disent les défenseurs de l’ “evidence-based medicine”, faire confiance aux patients pour juger objectivement des traitements qui leur sont appliqués, car ils ne sont que trop portés à des enthousiasmes ou à des peurs sans fondement.  C’est même là, comme l’ont montré les historiens des essais cliniques Harry Marks et Ted Kaptchuk (13)[13], le point de départ des diverses techniques de contrôle élaborées depuis la fin du XVIIIe siècle pour ne pas se laisser tromper par les patients, tels que les protocoles en aveugle et contre placebo.  A cet argument des experts, il convient de répondre que leur méfiance méthodique à l’égard des patients est non seulement mal placée, mais proprement insultante.  Elle fait injure à l’intelligence des patients, car rien n’intéresse plus ces derniers que de trouver le bon traitement et ils sont tout à fait prêts à s’incliner devant les “preuves” que leur fournissent les spécialistes si elles font sens pour eux.  Tout ce qu’ils demandent, c’est à voir par eux-mêmes et à évaluer les effets des traitements qu’on leur propose, sans être systématiquement disqualifiés comme faux témoins de leur propre condition.  Si aucun consensus ne se dégage entre eux, comme c’est le cas aujourd’hui dans le champ ‘psy’, c’est qu’on est effectivement dans le domaine des préférences subjectives, chaque groupe de patients se prononçant pour la thérapie qui lui convient le mieux.  Mais alors il y a peu de chance que la méthodologie des essais cliniques contrôlés parvienne de toute façon à créer le consensus manquant.  L’histoire récente des évaluations comparatives des psychothérapies le prouve assez.

 

On observera que je n’ai parlé, jusqu’à présent, que de l’évaluation collective des traitements, en laissant de côté l’attitude des patients vis-à-vis de leur maladie.  Le fait est que ceux-ci débattent abondamment des traitements qui leur sont proposés, mais que cette discussion s’étend rarement à la maladie dont ils souffrent.  Il y a à cela une raison évidente:  les collectifs de patients s’organisent à chaque fois autour d’une maladie ou d’un trouble particulier qui les définit en tant que groupe --  association de personnes souffrant du diabète, de la maladie de Parkinson, de la sclérose en plaques, etc.  Soumettre ce “donné” premier à débat reviendrait donc à mettre en question le groupe dans son existence même.  Au demeurant, qui pourrait douter de la terrible réalité de maladies comme le cancer, les myopathies, la schizophrénie?  Ce serait non seulement absurde, mais particulièrement cruel.

 

Pourtant, cette évidence de départ se brouille immédiatement lorsqu’on se tourne vers des troubles comme la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, la dépression, l’anxiété, la phobie sociale, l’anorexie, la personnalité multiple ou le stress post-traumatique.  Tous ces troubles font débat, certains arguant qu’il s’agit de maladies psychosomatiques, ou socialement construites, ou “transitoires” au sens de Hacking (14)[14], d’autres qu’ils sont dûs à des déséquilibres bio-chimiques, à quelque anomalie génétique ou encore à des traumatismes psychiques réels.  Or les collectifs de patients, dans ces débats, se rangent spontanément du côté des “réalistes” contre les “constructivistes” et objectent avec véhémence à toute relativisation de leurs symptômes, en invoquant leur expérience vécue de la maladie. Akrich et Méadel racontent ainsi comment les fibromyalgiques de la liste discussion électronique qu’elles ont étudiée s’opposent fermement à toute psychologisation de leur état et marginalisent très vite ceux qui s’aventurent à la suggérer. (15)[15]  Pour eux, même si l’incertitude règne parmi les spécialistes sur la nature de leur mal, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une maladie spécifique, au même titre que la maladie d’Altzheimer ou le syndrome de Gilles de la Tourette.  Le tout est de trouver le bon médicament, qui le prouvera une fois pour toutes en stabilisant le diagnostic de la maladie.

 

Une telle attitude rend les collectifs de patients particulièrement perméables à ce que les anglo-saxons appellent le disease mongering, c’est-à-dire, littéralement, la vente ou promotion de maladies.  Le terme a été forgé en 1992 par Lynn Payne (16)[16] pour désigner le marketing de nouvelles maladies par divers groupes d’intérêts médicaux et pharmaceutiques désireux de créer une niche commerciale pour l’un de leurs produits.  C’est ainsi qu’ont été récemment lancées sur le marché, à grand renfort de colloques scientifiques, de campagnes de presse alarmistes, de statistiques gonflées et d’essais cliniques soigneusement calibrés, toutes sortes de “maladies” inédites dont la caractéristique principale est de répondre, comme par hasard, au traitement proposé par le laboratoire X ou la molécule brevetée par le laboratoire Y:  la “dysfonction érectile”, la “dysfonction sexuelle féminine”, la calvitie masculine, le “syndrome d’irritabilité intestinale” (irritable bowel syndrome), l’ostéoporose, le trouble du déficit d’attention avec hyperactivité (attention-deficit/hyperactivity disorder), et bien d’autres encore (17)[17]

 

Les responsables de cette incroyable promotion de maladies, qui mobilise les moyens les plus sophistiqués du marketing et de la communication, sont le plus souvent les laboratoires pharmaceutiques.  David Healy a montré ainsi comment la firme Merck, au début des années soixante, a activement démarché le concept de dépression pour vendre les propriétés antidépressives de l’amitryptiline (18)[18].  Lilly, Janssen et Astra-Zeneca, de même, ont promu les troubles bi-polaires et l’idée de “stabilisateurs de l’humeur” afin d’étendre le marché de leurs antipsychotiques olanzapine, risperidone et quetiapine, malgré qu’aucune étude contrôlée n’ait jamais réussi à établir leur efficacité et que d’autres études aient fait apparaître, au contraire, un accroissement significatif de la mortalité et du risque de suicides (19)[19].  Roche et GlaxoSmithKline, quant à eux, ont lancé sur le marché la “phobie sociale”, censée être une bonne indication pour leurs médicaments Aurorix et Paxil (20)[20].  La revue britannique Pharmaceutical Marketing, dans son “Guide pratique d’éducation médicale”, cite d’ailleurs en exemple cette campagne particulièrement bien menée: “Il arrive même qu’on ait besoin d’étayer l’existence réelle d’une maladie et/ou l’intérêt de la traiter.  On en a eu un exemple classique avec le besoin de faire reconnaître en Europe la phobie sociale comme une entité clinique distincte et le potentiel d’agents antidépresseurs comme la moclobémide dans son traitement” (21)[21].

 

Le disease-mongering, toutefois, n’est pas propre à l’industrie pharmaceutiques, car il est tout aussi présent – et ce depuis bien plus longtemps -- dans le champ ‘psy’.  De même que George Beard, au XIXe siècle, avait lancé la “neurasthénie” pour créer un marché pour sa technique électrothérapique et que Freud avait inventé les “psycho-névroses” pour alimenter son divan, les thérapeutes cognitivo-comportementalistes, de nos jours, promeuvent les troubles obsessifs-compulsifs, les troubles anxieux, le stress et la phobie sociale, toutes pathologies particulièrement adaptées aux thérapies brèves qu’ils pratiquent.  On pourrait aussi citer le lancement commercial en bonne et due forme dont a fait l’objet la personnalité multiple de la part de l’éditeur du livre-culte Sybil au début des années 70 (22)[22] et l’intense lobbying psychiatrique qui a abouti dix ans plus tard à l’inclusion du “Multiple Personality Disorder” dans la nomenclature du DSM-III (23)[23].  Quant au “syndrome de stress post-traumatique”, on sait qu’il est pareillement entré dans le DSM-III au terme d’une véritable campagne politique menée par les organisations de vétérans de la guerre du Vietnam et des cliniciens favorables à leur cause, en dépit du fait que rien ne justifiait de séparer ce syndrome d’autres diagnostics déjà établis tels que la dépression, le trouble d’anxiété générale et le trouble panique (24)[24].  Le syndrome de stress post-traumatique est à présent au coeur d’une florissante industrie psychothérapique qui va du “trauma work” à l’EMDR.

 

Or le fait est que les collectifs de patients, loin d’être critiques vis-à-vis de cette promotion-production de maladies, y ont souvent collaboré activement.  Tous les laboratoires pharmaceutiques savent que l’un des moyens les plus efficaces pour lancer un nouveau médicament est de mettre sur pied une association de patients et un website idoine.  Quoi de plus efficace, en termes de communication, qu’un groupe de patients réclamant à cor et à cri qu’on prenne au sérieux leur maladie et que les tiers payants prennent en charge les frais souvent élevés de traitement?  Sur la brochure d’un séminaire de formation professionnelle consacré en 1996 à “La création de campagnes ciblées d’éducation des patients”, on pouvait lire: “Les campagnes d’éducation des patients soigneusement planifiées […] deviennent de plus en plus courantes dans la mesure où les compagnies pharmaceutiques deviennent conscientes des bénéfices qu’elles apportent.  Durant ce séminaire de deux jours, vous découvrirez comment créer avec succès des campagnes ciblées d’éducation des patients qui établiront votre expertise dans le domaine de certaines maladies et augmenteront le profil de votre compagnie”. (25)[25] Moynihan, Heath et Henry, trois auteurs australiens, décrivent ainsi comment le laboratoire Roche, dans les années 90, a collaboré étroitement avec une association de patients souffrants de TOCs et de troubles anxieux, la Obsessive Compulsive et Anxiety Disorders Foundation of Victoria, pour mettre sur pied un colloque sur la phobie sociale.  Ils rapportent les propos de l’animateur de cette association: “Roche consacre plein d’argent à la promotion de la phobie sociale. […] Roche a subventionné le colloque afin de faire connaître la phobie sociale aux [médecins généralistes] et aux professionnels de la santé. […]  C’était aussi un moyen de faire prendre conscience [de la maladie] aux médias” (26)[26].  La question qui se pose ici, évidemment, est de savoir si la maladie existait avant que Roche en fasse prendre conscience aux malades

 

La même dynamique est à l’oeuvre du côté des psychothérapies dynamiques, où l’on voit certains collectifs de patients militer, très littéralement, pour la reconnaissance de syndromes lancés sur le marché par tel ou tel lobby psychothérapique.  L’exemple le plus frappant est sans doute celui de la personnalité multiple dans l’Amérique des années 1970-80, qui s’est développée comme un mouvement activiste et prosélyte sur le modèle des groupes féministes radicaux, à grand renfort de newsletters de patients, de groupes d’entraide et de “coming outs” de personnalités en vue dans les médias.  La International Society for the Study of Multiple Personality and Dissociation, dont les congrès, selon Daniel C. Dennet et Nicolas Humphrey, ressemblaient étrangement à des réunions de fidèles (27)[27], était à la fois une société savante et une association de patients, au point qu’il était souvent impossible de distinguer les thérapeutes de leurs clients.  Comme j’ai pu m’en rendre compte lors d’un travail de terrain mené au début des années 90 dans des groupes de contrôle de thérapeutes spécialisés dans la personnalité multiple et l’ “abus rituel satanique”, ceux-ci se présentaient  quasiment toujours comme des “survivants” d’inceste et d’abus sexuels et/ou rituels, au même titre que leurs patients. De même qu’on ne devient psychanalyste qu’après avoir été soi-même sur le divan, les “experts” en dissociation étaient eux-mêmes d’anciennes victimes de traumatisme et militaient avec leurs patients pour la “Cause”, the Cause, en portant témoignage du mal qui leur avait été fait à tous.

 

On voit bien, dans ce cas il est vrai extrême, comment l’expertise des collectifs de patients, loin de fournir un contre-poids critique à l’expertise des experts, peut au contraire s’identifier purement et simplement à celle-ci et amplifier le cercle vicieux du disease mongering.  Ici, pour renverser à peine la formule de Karl Krauss au sujet de la psychanalyse, la maladie est véritablement la thérapie qui prétend la guérir, chacune renforçant l’autre, chacune créant, co-produisant l’autre:  folie à deux, folie à plusieurs.

 

Qu’en conclure? J’ai commencé cet exposé avec des évidences, mais arrivé en ce point je n’ai plus que des questions inconfortables et des pensées mal ruminées.  Je me bornerai à faire quelques remarques, très brèves et très spéculatives.

 

Remarque no. 1:  s’il est vrai que les collectifs de patients représentent l’irruption du politique sous sa forme démocratique dans le champ médical, il ne faut pas s’étonner si cela donne lieu aussi à des dérapages.  La démocratie, comme chacun sait, ne protège pas contre les errements collectifs et ne fournit aucune solution toute faite pour y parer, si ce n’est la poursuite du débat démocratique lui-même.  Aux Etats-Unis, ce ne sont ni les psychiatres-thérapeutes, ni les collectifs de patients qui ont mis fin à la propagation de la personnalité multiple et à la chasse aux sorcières auquel donnait lieu la “recovered memory therapy”, c’est un troisième acteur politique, la False Memory Foundation créée par les parents accusés d’inceste et de maltraitance sur la foi de “souvenirs” retrouvés en thérapie.  Les collectifs d’usagers de thérapie n’ont donc pas forcément le dernier mot sur leur maladie, car cela se discute avec d’autres collectifs concernés ou intéressés par celle-ci.  Ainsi, lorsque le laboratoire Pfizer a cherché à promouvoir la “dysfonction sexuelle féminine” pour vendre du Viagra aux femmes, ce n’est pas une association de patients qui lui a fait barrage, mais un groupe de cliniciennes et d’universitaires féministes, le “Working Group On A New View Of Women’s Sexual Problems” (28)[28].  Gardons-nous, par conséquent, de tout focaliser sur les rapports entre collectifs de médecins-thérapeutes et collectifs d’usagers, car la maladie concerne également d’autres collectifs, d’autres acteurs qui ont leur mot à dire

 

Remarque no. 2:  le disease mongering affecte le champ médical dans son ensemble, mais c’est dans le domaine ‘psy’ qu’il est le plus virulent et qu’il recrute le plus efficacement des malades.  La raison en est que les troubles ‘psys’ ne sont pas des maladies spécifiques s’incarnant dans une entité discrète et indépendante des individus qu’elle affecte, comme dans le cas, disons, de maladies infectieuses ou neurologiques. Quelle que soit leur nature par ailleurs, les troubles ‘psys’ ne peuvent pas être séparés des patients et de leur réaction aux diagnostics, aux théories et aux traitements dont ils sont l’objet, comme il se voit au fait que ces troubles varient selon les lieux et les époques (29)[29].  On n’est pas “schizophrène” ou “déprimé” ou “traumatisé” de la même façon ici ou là, et s’il en va ainsi c’est parce que les personnes en souffrance interagissent avec les catégories qu’on leur applique, apprennent à y reconnaître la nature de leur mal et s’y adaptent en modelant leur comportement et leur auto-compréhension sur ce qui est attendu d’eux.  Les anthropologues parlent à cet égard d’ “idiome de détresse” (30)[30], comme si une quantité x de détresse flottante s’exprimait en adoptant des idiomes culturels différents selon les endroits.  Ce n’est peut-être pas tout à fait exact, car la véritable épidémie de “dépressions” à laquelle nous avons assisté depuis une trentaine d’années dans le monde occidental montre que nous en sommes arrivés à un point où c’est la détresse elle-même qui est fabriquée et vendue avec l’idiome, ici psychopharmacologique, dans lequel elle est censée s’exprimer.  Le disease mongering, de ce point de vue, n’est jamais que la forme moderne et industrielle de la co-production des maladies ‘psys’, qu’il se contente d’amplifier, d’accélérer et de mondialiser avec le cynisme qui caractérise le capitalisme libéral avancé.  Quant aux collectifs d’usagers ‘psys’, ils rendent pareillement visible la participation active, si même involontaire, des patients à la fabrication et à la diffusion de leurs maladies.

 

Remarque no. 3:  Cette participation des usagers à la construction de leurs propres maladies rend la critique du disease mongering particulièrement malaisée et peut-être même sans objet dans le champ ‘psy’.  Les intentions des disease mongerers sont bien évidemment détestables, mais à quel titre dénoncer la fabrication des maladies et la manipulation des usagers si ces derniers sont en demande de maladies pour se fabriquer eux-mêmes, s’ils se construisent une identité et un soi avec ces médicaments et ces thérapies qu’on leur propose?  Critiquer la fausse conscience et l’aliénation inhérentes à ce processus supposerait qu’on puisse leur opposer une vraie conscience, un soi non fabriqué.  Mais c’est précisément ce qui n’est plus possible dans un monde ‘psy’ où les patients choisissent eux-mêmes les traitements – c’est-à-dire aussi les maladies -- qui leur conviennent le mieux et s’organisent en collectifs autour de ces “formes de vie”, de ces manières d’être ensemble.  Qui sommes-nous pour leur dire qu’ils se trompent?  Tout ce qu’on peut leur proposer, peut-être, est une autre façon de se construire, une autre façon de se fabriquer en collectif.  C’est-à-dire une autre politique.

 

Remarque no. 4:  J’ignore complètement ce que pourrait être cette “autre politique". Peut être est-ce un mot creux.  Fin des remarques.

 

[1]  Volona Rabeharisoa et Michel Callon (avec la collaboration de Michel Demonty), “Les associations de malades et la recherche.  II.  Les formes d’engagement des associations de malades dans la recherche en France”, Médecine / Sciences 2000, 16, p. 1225-31.

[2]  Voir Stuart Kirk Et Herb Kutchins, Aimez-vous le DSM?  Le triomphe de la psychiatrie américaine, Paris, Institut Synthélabo / Les Empêcheurs de penser en rond, 1998, p. 139-154;  Edward Shorter, A History of Psychiatry.  From the Era of the Asylum to the Age of Prozac, New York, John Wiley and Sons, 1997, p. 303-304

[3]  Voir Michel Callon et Volona Rabeharisoa, Le pouvoir des malades, Paris, Presses de l’Ecole nationale des Mines de Paris, 1999.

[4]  S. Epstein, “The construction of lay expertise: AIDS activism and the forging of credibility in the reform of clinical trials”, Science, Technology & Human Values, 4 (1995), p. 408-437;  B. Freedman, Suspended Judgment:  AIDS and the Ethics of Clinical Trials, Learning the Right Lessons, Controlled Clinical Trials, 13 (1992),  p. 1-5;  K. K. M. Boyd et al. “AIDS, ethics, and clinical trials”, British Medical Journal, 305, p. 699-701.

[5]  Madeleine Akrich et Cécile Méadel, “Prendre ses médicaments / prendre la parole:  usage des médicaments par les patients dans les listes de discussion électroniques”, Sciences sociales et santé, 2002, 20, 1, p. 1-22.

[6]  D. Spiegel, J. R. Bloom et E. Gotthell, “Effects of psychosocial treatment on survival of patients with metastatic breast cancer”, Lancet, 2 (1989), p. 888-891.

[7]  Gina Kolata, “Cancer study finds support groups do not extend life”, New York Times, 13 décembre 2001.

[8]  “Mental health:  Does therapy help?”, Consumer Reports, novembre 1995, p. 734-739.

[9]  Akrich et Méadel, art. cit., p. 8-10.

[10]  Voir Tanya Luhrmann, Of Two Minds.  The Growing Disorder in American Psychiatry, New York, Knopf, 2000, chap. 7 et plus particulièrement p. 269.

[11]  Voir Mikkel Borch-Jacobsen, “La psychothérapie, hier et aujourd’hui”, actes du colloque “Psychologie, idéologie et philosophie:  la psychothérapie (ou les Psys) en question”, Bruxelles, juin 2006 (à paraître).

[12]  Tobie Nathan, “Pour une psychothérapie enfin démocratique”, La guerre des psys.  Manifeste pour une psychothérapie démocratique, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Le Seuil, 2006, p. 21-27.

[13]  Harry M. Marks, The Progress of Experiment:  Science and Therapeutic Reform in the United States, 1900-1990, Cambridge, Cambridge University Press, 1997;  Harry M. Marks, “Trust and mistrust in the marketplace:  statistics and clinical research, 1945-1960”, History of Science, vol. 38 (2000), p. 344-355;  Ted J. Kaptchuk, “Intentional ignorance:  a history of blind assessment and placebo controls in medicine”,  Bulletin of the History of Medicine,  vol. 72 (1998), no. 3, p. 389-433

[14]  Hacking, Mad Travelers, op. cit.

[15]  Akrich et Méadel, art. cit., p. 8-10;  Shorter,

[16]  Lynn Payne, Disease-Mongers:  How Doctors, Drug Companies, and Insurers Are Making You Feel Sick, New York, Wiley and Sons, 1992.

[17]  Voir Ray Moynihan, Iona Heath, David Henry, British Medical Journal, 324 (2002), p. 886-891;  ainsi que les articles réunis dans PloS Medicine, 3 (2006): 4.

[18]  David Healy, The Antidepressant Era, Cambridge, Mass., Harvard University Press., 1998, p. 76.

[19]  David Healy, “The latest mania: selling bi-polar disorder”, PloS Medicine, 3 (2006): 4.

[20]  Moynihan, Heath et Henry, art. cit., p. 888;  David Healy, “Shaping the intimate:  influences on the experience of everyday nerves”, Social Studies of Science, 34 (2004): 2, p. 222.

[21]  J. Cook, “Practical guide to medical education”, Pharmaceutical Marketing, 6 (2001), p. 14-22.

[22]  Voir Mikkel Borch-Jacobsen, “Une boîte noire nommée ‘Sybil’”, Folies à plusieurs:  de l’hystérie à la dépression, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond / Le Seuil, 2002.

[23]  Ian Hacking, Rewriting the Soul.  Multiple Personality and the Sciences of Memory, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1995. p. 51-52.

[24]  Wilbur J. Scott, “PTSD in DSM-III:  a case in the politics of diagnosis and disease”, Social Problems, 37 (1990), p. 294-310;  Allan Young, The Harmony of Illusions.  Inventing Post-Traumatic Stress Disorder, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1995, p. 108-111;  Shorter, A History of Psychiatry, op. cit., p. 304-305.

[25]  Brochure du séminaire de formation “Creating Targeted Patient Education Campaigns”, organisé par l’Institute for International Research à Londres les 29-30 octobre 1996;  cité in Healy, “Shaping the intimate”, art. cit., p. 226.

[26]  Cité in Moynihan, Heath et Henry, art. cit., p. 888.

[27]  “Maybe it is not surprising […] that at meetings like the one we attended in Chicago [the Fifth International Conference on Multiple Personality/Dissociative States, 1988] there is a certain amount of well-meaning exaggeration and one-upmanship.  We were, however, not prepared for what, if it occurred in a church, would amount to ‘bearing witness’” , Nicholas Humphrey et Daniel C. Dennett, “Speaking for ourselves:  an assessment of multiple personality disorder”, Raritan, 9 (1989), p. 68-98.

[28]  Leonore Tiefer, “Female sexual dysfunction:  a case study of disease mongering and activist resistance”, PloS Medicine, 3 (2003): 4.

[29]  Edward  Shorter, From Paralysis to Fatigue:  A History of Psychosomatic Illness in the Modern Era, New York, The Free Press, 1992; Ian Hacking, Mad Travelers.  Reflections on the Reality of Transient Mental Illnesses, Charlottesville-London, University Press of Virginia, 1998; Mikkel Borch-Jacobsen, Folies à plusieurs.  De l’hystérie à la dépression, Paris, Les empêcheurs de penser en rond/Seuil, 2002

[30]  Mark Nichter, “Idioms of distress:  alternatives in the expresion of psychosocial distress”, Culture, Medicine and Psychiatry, 5 (1981), 4, p. 379-408.